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Bruits de coursive : Zoom sur un voyage
Accueil > Bruits de coursive > Zoom sur un voyage > On met les voiles ! Cabotage autour de l’île de Cuba

On met les voiles !
Cabotage autour de l’île de Cuba


par Morgane Le Scouëzec, le 28 mars 2017

Référence du voyage : Saveurs de Cuba


Cuba, un rêve. J’ai dans la tête une image aux mille couleurs. J’entends les percussions résonner dans mon esprit, les rythmes de salsa m’envahissent et j’imagine la sensation du soleil des Caraïbes…

Mais demain, ce ne sera plus un rêve.

Au cœur de l’hiver parisien, j’essaye de me souvenir de ce que représente 30°C. Pas de pulls ni de manteaux dans mon sac. Penser au maillot de bain, aux vêtements d’été et aux baskets en toile ! Quoi d’autre ? Après tout, rien d’essentiel… L’essentiel, c’est l’aventure ! Je n’arrive pas à croire que demain, j’y serai. Que demain, je mettrai les voiles – et c’est le cas de le dire – sur Cuba.

 

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A travers les vitres du taxi, je me fais ma première impression. La pauvreté est bien là, dans ses routes crevassées et façades délabrées, mais les cubains ne la subissent pas, ils ont appris à vivre avec et à en tirer le meilleur. Souriants, accueillants, leur joie de vivre est communicative.

 

L’embarquement se fait à Cienfuegos, petite ville coloniale du sud ouest de l’île. Le trajet dure 3 heures depuis la Havane, suffisamment de temps pour admirer les paysages du cœur de l’île. Et pour somnoler un peu, on s’entend ! Il y a 6 heures de décalage horaire avec la France et la fatigue me rattrape. Mais peu importe, me voilà à Cuba !

Le port de Cienfuegos n’est pas grand, on trouve le Panorama facilement. L’équipage s’affère encore aux préparatifs, ce qui nous laisse le temps d’aller découvrir la ville, après un accueil chaleureux de leur part.

Par miracle (car l’orientation n’est pas notre fort), on tombe du premier coup sur le Parque José Marti, la place principale du centre ville de « La Ciudad que màs me gusta a mi » comme avait dit Benny Moré dans sa chanson. Un samedi après-midi, les cubains l’envahissent, petits et grands. On s’y balade, toujours interloqués par l’architecture et les voitures, en tentant lors de chaque discussion d’améliorer un peu notre espagnol.

De retour à bord, on rencontre nos compagnons de voyage, venant de tout horizon ! Américains, Canadiens, Anglais et Suisses, les échanges sont faciles, et les rencontres enrichissantes. Vers minuit, dans la calme nuit cubaine, les marins se pressent sur le pont pour larguer les amarres. Nous quittons doucement le port de Cienfuegos sous les étoiles de l’île…

Puis la fatigue a raison de tous, et c’est bercé par la délicate houle des Caraïbes que le bateau s’endort. Seuls quelques membres de l’équipage veillent sur notre sommeil.

 

Trinidad… Sous un soleil de plomb, nous passons des heures à arpenter les rues colorées de cette ville classée à l’UNESCO. De la Plaza Major vers toutes les petites « calles », on rencontre José, un vieux cubain à l’image de tous les autres : débordant de gentillesse. Des musiciens de rue nous font danser, on boit un jus en terrasse, on se prend d’affection pour l’art cubain, puis on goûte la fameuse langouste de Cuba, ensorcelés par cette ville lumineuse. La journée passe comme une chimère… Vers 17 heures, il est temps de quitter le port de Casilda pour une nuit et une journée de mer, cap sur l’Isla de la Juventud, cette île mystérieuse qui regorge de vestiges de la révolution cubaine…

 

Ces moments en mer permettent de découvrir les discrets du voilier. On longe les coursives à la rencontre des membres de l’équipage qui travaillent dans l’ombre. On rencontre quelques marins, Anasn, Saïd, Arvin et Jorge qui s’affèrent sur le pont, puis Magdy, le chef des machines, ce vieux bonhomme discret et attachant qu’il nous sera si difficile de quitter à la fin de la semaine. A tribord, c’est Mohammed, notre chef cuisinier, qui nous salue de son sourire rieur, puis Geny, notre attachante guide cubaine, avec qui il sera si facile de se lier d’amitié. On croise ensuite notre charmant directeur de croisière, Guy, qui plaisante avec le chef de cabine, Stefanos, pendant que ce dernier pêche le poisson frais à l’arrière du bateau… Les présentations continuent et très vite, on se sent comme à la maison.

Magdy nous emmène visiter la salle des machines. A couper le souffle. Littéralement. La chaleur et le bruit dans les cales du bateau rendent d’autant plus admirable le difficile travail des hommes de l’ombre.

La mer apaise. Chaque recoin du bateau m’enchante. L’horizon nous charme et le temps passe bien trop vite. Heureusement, lorsque la nuit arrive, on jette l’ancre sous le ciel étoilé des Caraïbes, ce trésor d’immensité. On réalise que notre bateau n’est qu’une poussière du monde, qu’on n’est vraiment pas grand-chose face à l’infini qu’on aperçoit à travers les traînées d’étoiles qui nous explosent au visage. Et pourtant, toute la vie semble s’être concentrée ici, sur ce bateau perdu au milieu d’une mer calme, sans nouvelle, sans internet, sans réseau, juste entre nous, inconnus bienveillants…

 

L’Isla de la Juventud a une histoire particulière. Prédite pour devenir l’équivalent de l’actuel Guantanamo et n’ayant pas bénéficié de l’indépendance cubaine, l’île fut échangée par les Américains contre le territoire de Guantanamo au début du XXème siècle. Mais elle n’a pas échappé au rôle pour lequel elle était pressentie. On y découvre les vestiges du Presidio Modelo, cette prison que le temps a figé, plongée dans l’obscur souvenir du passé. Époustouflant, à voir sans hésiter.

Pour plus de légèreté, on flâne dans la ville la plus paisible que j’ai eu l’occasion d’observer. Ici, les voyageurs sont, malgré l’impressionnante histoire, presque absents. Cela tient de la difficulté pour accéder à l’île. On y découvre ainsi des cubains loin de la frénésie du tourisme, simplement ancrés dans le partage et la sérénité. Un souffle d’air frais au milieu de cette chaleur exquise.

Et depuis le zodiac, on aperçoit enfin notre cher voilier, étincelant sous le soleil couchant, au milieu des eaux qui commencent à s’agiter à notre approche. Le spectacle est grandiose et on le regarde s’approcher avec la fierté d’un pirate et la dévotion d’un capitaine.

La nuit s’agite de plus belle.

 

Ce matin, on l’attend tous, la douce plage de sable fin et son barbecue sur un lit de langoustes (on ne parle pas d’un plat 5 étoiles ?). Maria la Gorda est notre prochain stop. Nous y sommes, dans l’attente de débarquer. Nous devons profiter de cette journée, puis dormir à l’hôtel avant de rejoindre la Havane en car. Le bateau doit faire le trajet en mer sans nous, pour nous préserver de l’agitation de la rencontre entre les courants de la mer des Caraïbes et de l’Atlantique. Pour nous éviter de valser !

Sauf qu’on s’en ira valser tout de même… Les conditions de mer ne nous permettent pas de débarquer, le zodiac est un peu chahuté par les vagues et les autorités portuaires ne veulent pas nous envoyer la navette locale. Nous sommes donc contraints de nous lancer dans les vagues de l’Ouest cubain pour arriver sur la capitale le lendemain matin. Nous ne verrons pas Maria La Gorda, ce sont les aléas de la mer… Au lieu de ça, nous partons à l’aventure pour dompter la mer, tels des corsaires en manque de rhum ! Plus qu’une aventure, une véritable expérience de la mer. C’est donc parti pour 24 heures de mer. Ce souvenir nous a marqué et a rendu notre cabotage… unique. Qui peut se vanter d’avoir bravé la tempête ?

 

De retour à la Havane, on souffle. Après une journée et une nuit de navigation, le Panorama s’amarre à quai. C’est quand même un soulagement de reposer les pieds sur terre. A tel point qu’une fois hors du bateau, nous sommes nombreux à découvrir les sensations du mal de terre ! Comme une impression d’être en mouvement, que le sol bascule… Déstabilisant… Finalement, la houle nous manquerait presque !

Journée d’excursion dans la Havane, on arpente pendant deux heures quelques endroits emblématiques de la ville, puis on s’en va déjeuner dans un petit restaurant. Crevettes, langouste et espadon, le tout saupoudré d’un verre de bon rhum cubain ! Puis cap sur la maison de feu Ernest Hemingway, magnifique baraque perchée en haut d’une colline havanaise, remplie de livres et de lumière. Un trésor des années 30…

 

Ce soir, c’est le dîner du commandant. L’occasion pour tous de se retrouver, d’acclamer notre bien-aimé équipage pour toute la bienveillance dont ils ont fait preuve à notre égard, pour leur travail impeccable, pour leurs sourires et leur bonne humeur. On mange divinement bien, comme toujours, puis place à la danse, grecque, cubaine, un peu de salsa… Un bonheur de simplicité !

Sur cette note joyeuse, direction le Buena Vista Social Club pour un spectacle de musique cubaine, arrosé de quelques cocktails, dont seuls les cubains ont le secret, et de danses endiablées. Demain, nous serons à l’ancre dans le port. Demain, c’est le dernier jour.

 

La nostalgie s’empare de nos sourires, toujours présents. Une petite famille s’est formée durant les 7 derniers jours, celle de la mer. Mais pour l’heure, il est temps de dire au revoir à la Havane, par une dernière promenade à travers ses rues, avant de rejoindre le Panorama pour une dernière soirée à bord.

Dernière soirée entrecoupée du fabuleux spectacle Tropicana, derniers rires avec nos amis éphémères, dernière nuit dans la cabine 17, dernier réveil chantant du directeur de croisière au micro, dernier matin sur le pont, dernier débarquement, valises en bandoulière.

Et c’est un peu rapidement, mais si sincèrement, qu’on embrasse nos chers amis, ces marins que la mer mènera ailleurs quand nos vies auront repris leur cours, après cette parenthèse d’exception. Leur voilier rétrécit à mesure que nous nous éloignons et nous ne voyons plus que leurs bras s’agiter au dessus de leurs têtes en guise d’adieu. Puis ce sont nos compagnons de voyage qu’il faut quitter. Chacun retourne chez soi avec tant de souvenirs.

 

Paris m’accueille sous une pluie qui ne me déplaît pas, de toute façon, j’ai du soleil plein la tête et le sac à dos. De retour dans l’hiver parisien, le contraste rend cette aventure encore plus hors du temps qu’elle ne me semblait déjà l’être. Ni une, ni deux, je regarde les photos pour me prouver que ce n’était pas un rêve…

Hasta pronto, compañeros !

Saveurs de Cuba, à bord d’un petit voilier
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