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La Mer des Ténèbres

Auteur : Elisabeth Horem – Bernard Campiche Editeur – 2015

Format : 304 pages - Prix : CHF 33

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Mer et Voyages :  Chers amis, nous accueillons sur ces pages la littérature qui s’appui sur une expérience de voyage en cargo. L’aventure mène souvent à l’écriture, Elisabeth Horem publie ainsi chez Bernard Campiche le récit d’une femme qui s’esquive à bord d’un cargo…

En résumé : Trois récits, un roman.
« Ta langue est ta monture » emmène le lecteur au Levant, sur les traces d’un voyageur suisse au début du XIXe siècle. « Les Bâtisseurs » raconte l’histoire de deux enfants anglais déportés à l’autre bout du monde pour y faire souche et consolider l’Empire. Enfin, dans « L’impossible reconstitution de l’Abbaye de Westminster » – qui est aussi un roman familial – une femme, de nos jours, cherche à surmonter son désarroi en s’embarquant sur un cargo – mais cette traversée sera tout sauf apaisante. Ce dernier récit reprend les fils qui couraient dans les deux premiers, révélant entre leurs personnages si différents une parenté dont la clef se trouve peut-être dans le vers de Baudelaire cité en exergue : ils ont tous eu à traverser leur « mer des Ténèbres ». Chacun à sa manière.

Un extrait du roman:
«Pour moi non plus il n’y avait rien sur l’Afrique, ou si peu de chose.
Des forêts sombres, affreuses, sous une lumière hachée par l’hélice d’un hélicoptère, le bruit du moteur, rythmé, violent, et celui plus doux de l’air brassé, frik-frik-frik-frik-frik-frik, l’hélice – l’hélicoptère représenté, résumé par cette hélice – toujours vue de dessus, comme si le regard embrassait à la fois l’hélicoptère et la forêt, trace de quel souvenir, de quel film, de quelle image ? Ou encore des plaies assaillies par les mouches, des pelages tressaillant sous le fouet de la chaleur sur quelque marché indigène et le soir des colonnes ­frémissantes, immaté­rielles, s’élevant dans l’air couleur de ­pistache pour s’évanouir et retomber en neige soyeuse d’insectes morts.
Aucun souvenir de ma prime enfance africaine tranchée net par le retour en métropole. Je me rappelle un appartement vide qui sentait la peinture et le plaisir trouble à enfoncer mon pouce lentement dans le mastic frais autour des fenêtres, creusant avec délices dans cette pâte à modeler vierge des cratères dont les bords craquelés s’encrasseraient de poussière avec les années, aucun autre souvenir en deçà de ce plaisir à imprimer dans le mastic odorant la marque de ma présence comme une signature dans ce qui allait être ma chambre jusqu’à l’âge de dix-huit ans, aucun souvenir de ce qui avait précédé, de cette période africaine dont les fantômes toutefois continueraient de planer dans ­l’appartement de banlieue comme la fumée des cigarettes qu’allumait mon père l’une après l’autre.»

L’auteur

Elisabeth Horem, de double nationalité française et suisse, a étudié à Paris. Elle a publié Le Ring (Prix Georges-Nicole 1994), Congo-Océan (1996), Le Fil espagnol (1998) et Le Chant du bosco (2002). On lui doit également un recueil de nouvelles: Mauvaises rencontres (2006). Elle a séjourné dans différents pays dont l’Irak, évoqué dans Shrapnels. En marge de Bagdad (2005) et dans Un jardin à Bagdad, journal (octobre 2003 – mai 2006), publié en 2007. Elle vit maintenant en France.