Bruits de coursive : Portraits de voyageurs
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Madeleine est partie sur un « Grand Voyage » de 84 jours, en avril 2012. Elle partage des trésors de souvenirs sur son blog www.voyages-madeleine-guillou.over-blog.com, nous a laissé des commentaires sur le site de Mer et Voyages (lire le commentaire) et nous offre ses secrets pour la fameuse valise… comment partir 84 jours sur un cargo… et ne rien oublier ? Un grand merci à vous, Mme Guillou.

La décision de partir de partir 3 mois en voyage ne se prend pas en quelques jours. Heureusement, car faire une valise pour cette durée demande de la réflexion. Celle que je propose est spécifiquement prévue pour vivre dans un environnement un peu spécial défini par quelques grands critères.

C’est un endroit clos dont on ne peut sortir que de temps en temps pour des périodes très courtes de quelques heures par forcément « ouvrables ». Dans ce lieu il y a des salles de bains, des cuisines, des buanderies équipées de machines à laver, de sèche-linges, tables et fer à repasser. On y trouve une infirmerie et un lieu de stockage approvisionné en savonnettes, dentifrice, shampoing, bières et barres de chocolat. Vous avez deviné ? Non, ce n’est pas une prison ou un couvent, même s’il est possible d’y retrouver certaines similitudes, c’est un cargo CMA-CGM de la marine marchande 2013.

Principe de base

Le contenu des bagages devait me permettre de vivre en autarcie sans demander quoique ce soit à l’équipage et ne rien acheter en escale à part des cadeaux.
Une centaine de kilos de bagages est autorisé. Choisissez des sacs solides qui ne craignent pas les chocs et salissures. Évitez les valises qui seront très malcommodes à porter sur l’échelle de coupée. Ma crainte de porter mes sacs sur cette échelle était infondée et a beaucoup amusé l’équipage. L’agence ne s’engage pas sur ce service car il n’est pas contractuel avec la Compagnie. L’usage révèle que les marins proposent toujours de monter les bagages dans les cabines. Par prudence j’avais prévu 4 sacs que je pouvais porter moi-même et cela s’est révélé pratique. J’avais aussi un sac à l’épaule qui contenait ordinateur, appareil photo…tous les objets qui me sont précieux et un sac à dos faisant office de sac à main. Ce sac à dos ultra léger de 20 L Terra Nova Laser elite (210 gr vide) acheté sur le site http://www.arklight-design.com ne m’a pas quitté d’un bout à l’autre du voyage.
Pour une bonne répartition du poids j’ai déterminé quatre grandes catégories :

Produits d’hygiène

Pour connaître les quantités de produits d’hygiène dont j’aurais besoin, j’ai noté pendant trois mois la quantité et la variété des produits utilisés pendant cette période. N’oubliez pas les produits solaires les plus protecteurs et un tube de Biafine. Le soleil en mer est dangereux. Insistez également sur les crèmes hydratantes. Indispensables après-shampoings et masques pour les cheveux si vous ne voulez pas les voir se transformer en foin desséché. Le savon est fourni et de bonne qualité, dans le doute j’avais emporté le mien.
Sèche-cheveux, brosse à dents électrique, brosses…je ne sais pas vivre longtemps sans mes outils. La lessive du bord est parfaite pour ce que vous laverez en machine, j’avais emporté de la lessive en cube, c’était inutile. Par contre je vous conseille la lessive liquide pour les lavages à la main.

Vêtements

Mes vêtements courants étaient lavables et séchables en machine. Deux jeans, deux pantalons toile (ou bermudas, shorts mais je n’en porte pas), un jogging, quelques T-shirts, une polaire, deux sweats, 2 robes longues coton avec en plus sous-vêtements et chaussettes permettent de couvrir les besoins quotidiens. Évidemment j’ai emporté des vêtements moins pratiques mais plus glamours. J’avais des chemisiers en voile de coton à manches longues pour rester sur le pont sans risquer de brûler au soleil, des tuniques légères et surtout mes paréos dont j’ai complété ma collection dans les îles et ma lingerie habituelle. Je lavais ces vêtements dans ma salle de bain sachant qu’ils sèchent très vite. Pour cela deux porte-manteaux gonflables m’ont été très utiles. Voir https://www.perigot.fr/fr/MOBIL-HOME-5/HANGER-45/CINTRE-GONFLABLE-DRCI016.htm
Sur l’Utrillo il y avait une piscine, deux maillots de bains suffisent. On ne déambule pas dans cette tenue au milieu de 20 marins ! j’avais pris un très grand drap de bain mais la prochaine fois j’emporterais plutôt un peignoir.
Le vêtement que j’ai le plus apprécié est ma veste « technique » Helly Hansen, acheté dans une coopérative maritime. Veste mi-longue complètement adaptée à tous les temps sur un bateau. Je pouvais mettre dans mes poches appareil-photos, jumelles, lunettes… sans craindre l’eau. Assez large pour mettre un sweat à capuche dessous quand il faisait froid.
Ne pas prendre de chapeau. Il y a toujours du vent même par temps calme, les capuches sont idéales. Par grand soleil à moins d’être kamikaze il faut seulement se mettre à l’ombre. Pour les mêmes raisons n’oubliez pas un cordon pour attacher vos lunettes des soleil.
Sauf une bague que je porte en permanence, je n’ai pas emporté de bijoux précieux. Par contre j’ai emporté une partie de ma collection de bijoux fantaisie, être féminine est possible partout.

Chaussures, Petits matériels, Nourriture

Le choix des chaussures est toujours un casse-tête, mais sur un cargo c’est simple. L’indispensable est une paire de tongs avec une semelle en caoutchouc. C’est la seule paire de chaussures utilisée à bord par les marins. Ils en ont une paire pour l’extérieur et une paire pour l’intérieur. On peut faire comme eux. J’en avais mais j’ai aussi porté une paire de ballerines. Une paire de chaussures de marche pour les escales et pour le temps froid et pluvieux. Votre équipement chaussures est complet. Précision, on ne marche pas pieds nus sur un cargo.
Le petit matériel c’est une petite lampe de poche étanche, un réveil pour suivre les changements d’heures permanents, des aimants pour tenir cartes et photos sur les parois de la cabine. Un kit de couture, un couteau suisse, des enveloppes, un bloc de papier, stylos. Des plaques de tissus antidérapants pour stabiliser les objets dans votre cabine. Je m’en suis beaucoup servi, le roulis permanent ne respecte rien. Le capitaine m’en a proposé mais je ne sais pas si tous les capitaines le font, autant prévoir. Emportez un mug isotherme, cela m’a tout de suite manqué, j’en ai acheté un à Savannah, c’est très pratique sur les ponts. N’emportez pas de poste de radio, j’en avais un mais on ne capte rien sur un cargo !
La nourriture est à volonté, la salle à manger des officiers et passagers est toujours accessible. Des paquets de gâteaux, thé, café, jus de fruits sont disponibles dans le salon. Malgré tout j’ai emporté des sachets de mon thé favori, quelques tablettes de chocolat et des friandises que mes amis, connaissant ma gourmandise, m’ont donné avant de partir. C’est sympa et on peut partager avec les autres passagers et les membres de l’équipage qu’on aime bien.

Pharmacie, Culture / Distraction, Administratif, Divers

Pharmacie
Pas de médecin à bord, il faut prendre toutes les précautions pour éviter les désagréments. Ma généraliste m’a fait une liste des principaux médicaments que je devais emporter. De l’anti-diarrhéique aux antibiotiques en passant par le paracétamol, les anti-inflammatoires, les désinfectants, les compresses et le sérum physiologique j’étais parée pour affronter les misères humaines. Bonne nouvelle je n’ai rien utilisé mais c’était rassurant. Elle a également exigé que je mette à jour mon vaccin antitétanique, un cargo est plein de ferraille et elle a été étonnée que ce ne soit pas obligatoire.
Le mal de mer est toujours une inquiétude, mon médecin m’a conseillé le Scopoderm TTS en patch. Son défaut est le prix que je trouve élevé (environ 40 euros). J’avais trouvé sur internet que mâchouiller de la racine de gingembre est le remède souverain utilisé par les chinois depuis des temps immémoriaux. J’ai décidé d’en emporter sous forme de racine, de gâteaux et surtout confit. Je n’ai pas eu le mal de mer donc je ne peux pas vous donner un avis sur les patchs. Par contre pendant une tempête ou je ne pouvais pas sortir sur le pont, je me suis sentie un peu nauséeuse et le gingembre confit m’a été d’un grand réconfort. Ceci étant les officiers recommandent de fixer l’horizon, de manger beaucoup de pain, d’éviter absolument les fruits et au pire de se coucher et dormir !
Ne pas oublier un double des ordonnances pour les traitements de longue durée, certains médicaments de type hormonaux sont interdits dans certains pays comme les États-Unis, ne prenez pas de risque.

Culture / Distraction

Que peut-on faire sur un cargo entre deux escales quand on n’aime pas le ping-pong, les cartes, le karaoké ou encore le home-trainer ? rêver et dormir est l’essentiel mais on peut prévoir des variantes. Sur l’Utrillo la bibliothèque est intéressante avec beaucoup de livres en français. Les passagers laissent souvent les livres qu’ils emportent, le résultat n’est pas la bibliothèque idéale de Pivot mais il y en a pour tous les goûts. Je n’ai emporté que 4 livres que j’ai laissés sur l’Utrillo. J’avais fait le choix de la liseuse Kindle d’Amazon sur laquelle j’ai enregistré environ 140 livres. Avec cette liseuse on peut lire en plein soleil et on la garde dans une poche quand on se promène sur le cargo. Les livres gratuits ou à quelques euros proposés par Amazon sont des classiques de la littérature. Cela m’a permis de lire et relire des livres que je n’aurais pas choisis dans la vie ordinaire. J’ai téléchargé des livres sur les premiers navigateurs et explorateurs qui ont découvert la route que nous suivions. Je vous conseille ces lectures car on est vraiment en symbiose avec un passé qui rejoint l’actuel et rend le voyage très vivant.
Pour ne pas encombrer mon ordinateur, j’ai emporté deux disques externes Seagate de 500 Go chacun sur lesquels, j’ai copié environ 120 films. J’en ai regardé une vingtaine. Je ne supportais pas d’être enfermée dans ma cabine dans la journée et mon rythme de vie était de dormir et de me lever tôt donc il ne restait pas beaucoup de place pour le cinéma.
Sur mon baladeur j’ai des centaines de morceaux de musiques, j’y ai mis également des livres enregistrés. C’est vraiment une des découvertes de ce voyage. C’est extraordinaire d’être dans une chaise-longue, devant la mer qui se déroule à vos pieds, en écoutant une histoire lue par des voix de comédiens comme d’André Dussolier et d’autres moins connus mais très bons. J’avais environ 40 livres enregistrés, la prochaine fois j’en emporterais davantage. Ces livres enregistrés prennent beaucoup de place disque, je les ai mis sur mes disques externes et je les copiais sur mon baladeur au fur et à mesure.
J’avais un mini haut-parleur que je connectais à mon baladeur pour écouter les histoires et la musique sans avoir les écouteurs dans les oreilles surtout quand j’étais dans ma cabine.
L’appareil photo est le compagnon quotidien, je n’emporte pas de cartes mémoires autre que celle qui est dans l’appareil. Je copie mes photos sur mon ordinateur, j’ai un Lumix Panasonic qui permet de faire de bonnes photos avec un zoom 16 x puissant et de très bons films ce qui m’évitent d’avoir une caméra. Le classement des photos au quotidien est indispensable ainsi que la sauvegarde sur des DVD pour ne pas risquer de les perdre. La prochaine fois j’emporterais une seconde batterie, car même si la charge est rapide, les films sont très gourmands en énergie et j’ai raté quelques moments magiques à cause d’une batterie vide.
J’ai emporté une douzaine de DVD vierges et j’en ai manqué. Heureusement le capitaine m’a dépanné mais je doute que ce soit toujours le cas.
Une paire de jumelles petite et puissante est incontournable pour un tel périple, modèle Minolta Activa 10×25 FM, elle accompagne tous mes voyages.
Mes appareils sont rechargeables électriquement. J’ai emporté des multiprises et une rallonge qui m’ont été très utiles.

Administratif, Divers

J’ai préparé un classeur avec des feuilles plastifiées pour avoir au même endroit tous les documents envoyés par l’agence, les visas, les photocopies de mon passeport, carnet de vaccination, double des ordonnances, liste de mon carnet d’adresses, photos et dessins pour personnaliser ma cabine.
En mer, il n’y a pas de réseau pour le téléphone, je m’en suis servie en escale pour les relations avec le cargo. Les communications sont très onéreuses dans certains pays. J’ai privilégié le courrier électronique. On ne peut pas accéder aux sites internet mais on nous donne une adresse électronique pour envoyer et recevoir des courriels. Les pièces jointes sont limitées à 50 KO ce qui élimine les photos, cela représente la taille de quelques pages de texte.
Pour éviter les mauvaises surprises je me suis servie des sacs Alfapac avec curseur qui existent en 3 dimensions. Transparents et étanches ils sont parfaits pour protéger la nourriture et tous les objets.

Les cordes de l’échelle de coupée sont recouvertes de graisse noire, je vous conseille de mettre des gants tricotés ou simplement de type antidérapant pour la vaisselle. Je n’en avais pas et je me suis retrouvé avec les mains tachées, premier contact très désagréable. Ensuite le capitaine vous donnera des gants adaptés.

Quand on monte sur un cargo recevant au maximum 6 passagers et pour une longue durée on arrive en intrus dans un monde organisé et structuré dans lequel il va falloir se faire accepter. Emporter un cadeau d’amitié pour l’équipage favorise les premiers contacts. Ce n’est évidemment pas obligatoire. J’habite assez près de l’usine de fabrication des galettes Saint Michel. J’ai emporté quelques kilos des spécialités de cette marque, que j’ai donné au commandant pour qu’il les distribue à ses hommes. La gourmandise est internationale. Bien m’en a pris car le capitaine avait emporté pour nous des œufs peints pour célébrer les Pâques orthodoxe. L’échange de cadeau est symbolique de toute éternité.

En conclusion vous devez emporter exclusivement des objets que vous pouvez perdre ou abimer sans que ce soit un drame. Si vous avez bien calculé vos besoins, à la fin du voyage vous aurez assez de place dans vos sacs pour tous vos cadeaux et souvenirs.
Votre esprit doit être dégagé des choses matérielles pour profiter pleinement des journées de mer et des courtes escales.

Bon vent à tous.
Madeleine Guillou