Bruits de coursive : Zoom sur un voyage
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De Dunkerque au Havre
A bord du CC KERGUELEN


par Yvon L., le 24 janvier 2017

Référence du voyage : En cargo Dunkerque au Havre


Après un premier voyage de 46 jours sur un porte-conteneurs entre Melbourne et Le Havre, c’est avec expérience et enthousiasme que j’ai préparé celui-ci, vers les grands ports européens.

Le CMA-CGM  KERGUELEN, lancé des chantiers en 2015, bénéficie d’un bloc moteur optimisé à la poupe et d’un château habitable placé au niveau du tiers avant du navire. Cette disposition moderne permet aux passagers et à l’équipage de s’affranchir totalement du bruit, des vibrations et de l’échappement des gaz de combustions du moteur.

Je suis accueilli chaleureusement dans la salle à manger des officiers par le Capitaine du KERGUELEN. Puis, la salle de maintien en forme, la bibliothèque, le pont de navigation (navdeck) et ma cabine deviennent très rapidement mon univers durant cette semaine de voyage. Naviguer en période hivernale sur un cargo de 400 mètres de long avec un navdeck situé à 45 mètres au-dessus du niveau de l’eau c’est avoir une stabilité et un angle de vue permettant de distinguer les rivages, les oiseaux, la diversité des navires voguant sur le détroit de LA MANCHE, le tout sur un magnifique fond de couleurs interactives entre le ciel et la mer. Avec ma première nuit à bord, je me rends compte que les musiques soporifiques du vent et de la pluie, à peine amplifiées par la vitesse du navire, sont les seuls bruits audibles dans ma cabine.

Après 120 kms effectués de nuit sur l’Elbe, soudain au lever du jour, la vie s’accélère avec l’entrée dans port de HAMBOURG. La densité du trafic sur la rivière et les axes routiers est soulignée par l’éclairage intense des infrastructures, apparaissent des usines, un aéroport, un pont routier aérien et enfin les énormes grues du terminal Burchardkai. Avec l’aide de puissants remorqueurs le KERGUELEN effectue un demi-tour et s’immobilise pendant 3 jours à quai pour permettre le déchargement puis le chargement des ‘’boites’’.

L’escale à Hambourg par un temps froid mais ensoleillé coïncide avec l’inauguration de l’emblématique Elbphilharmonie*, le nouvel atout touristique de HAMBOURG. C’est ainsi que je visite une ville envahie par une foule curieuse et emmitouflée qui se réchauffe par un trajet dans les nombreuses navettes fluviales qui permettent de prendre la mesure de l’architecture et du trafic du deuxième port européen.   * L’équivalent de l’Opéra de Sydney ou de la Philharmonie de PARIS.

Profitant d’une marée haute, le KERGUELEN glisse maintenant au ralenti sur l’Elbe, et depuis le navdeck, en plein jour cette fois, j’ai une vision à 360° du trafic et des berges du grand fleuve.

L’arrivée de nuit dans Maasvlakte 2, l’extension récente du port de ROTTERDAM a tout d’un spectacle dantesque. Le plus grand complexe portuaire et industriel des Pays-Bas fonctionne grâce à l’énergie produite sur place par des centrales thermiques et des éoliennes géantes. Des raffineries de pétrole illuminées et couronnées de torchères apparaissent telles des sapins de noël métalliques. Des bâtiments d’usines et de stockages de toutes les formes divisent des rangées de conteneurs empilés avec précision. Le déplacement des conteneurs est assuré par des navettes automatiques bardées de caméras gérées par un système informatique novateur et sophistiqué. Les navettes se croisent, s’arrêtent, se chargent, se déchargent dans un ballet orchestré par des dockers occupant des cabines de commandes situées à plus de 50 mètres de hauteur dans les grues géantes surplombant les cargos. Quand arrive le jour, on observe que cette gigantesque plateforme portuaire gagnée sur la mer est parcourue par des camions, des trains, des péniches, des cargos qui redistribuent au plus vite les conteneurs venant de tous les coins du monde.

Un nouveau passager est monté à bord et quelques heures plus tard c’est le pilote du port de Maasvlakte qui rejoint le navdeck. Le pilote, qui connait parfaitement le chenal de navigation, va guider le cargo vers la haute mer en donnant des instructions précises au timonier situé derrière la barre électronique. L’ambiance devient silencieuse quand on navigue dans le rail nord de LA MANCHE; en observant les cartes hydrographiques et les écrans radars on voit que ce rail est parfaitement délimité et  séparé du rail sud (comme sur un tracé d’autoroute) pour éviter les collisions de navires. Les tracés de route du KERGUELEN et des autres navires apparaissent par des flèches en surbrillance sur l’écran radar, l’anticipation des manœuvres de timonerie est ainsi possible.

Vers 5 heures du matin je suis réveillé par un roulis inhabituel du bateau qui vient de se mettre parallèle à la houle en se dirigeant vers le port du HAVRE. Une nouvelle période d’activité commence sur le navdeck avec les directives des 2 pilotes qui assurent la navigation vers Port 2000 du HAVRE ; puis la manœuvre coordonnée de 5 remorqueurs pour assurer, par un vent tempétueux de force 5/6 beaufort, un demi-tour du KERGUELEN; puis le lent déplacement vers l’amarrage le long du quai. Après un dernier breakfast sous pavillon anglais, je sangle mon sac à dos pour une désescalade de 30 mètres par l’échelle de coupée, je me retrouve sur le quai qui signe la fin de mon voyage.

Le partage de la vie en mer, la visite en commun de villes portuaires, un dernier café pris dans l’ambiance d’un bistrot rapprochent les passagers passionnés par ce type de voyage. Cette fois ce lien amical trouve une continuité dans le logiciel FindShip qui me permet de suivre le parcours du passager embarqué à Rotterdam sur la French Asia Line 1 de la CMA CGM qui va le conduire jusqu’aux grands ports asiatiques. Et par la magie d’un échange régulier de courriels évocateurs, je pense déjà à mon prochain voyage…

Yvon L